lundi 8 juillet 2019

ARPA POVERA (2)

La voilà donc avec ses 24 cordes nylon :


A quoi servent ces trous en bas de caisse ? Cette harpette est destinée à être jouée en position assise, tenue sur les genoux. Pour que ça tienne mieux, j'ai eu l'idée d'insérer une barre de bois (amovible) en travers.
Tournée dans du cornouiller, c'est costaud :


Deux méplats aux extrémités, pour une meilleure tenue sur les genoux:


Voilà ce que ça donne en place :


Et sur les genoux de l'utilisateur...


Pour s'y retrouver quand on accorde, j'ai fait des petits inserts de couleur (du fil de débroussailleuse...) dans les clés :


Discrets et efficaces !
Le son est très agréable, pas très puissant : tension faible et table d'harmonie étroite.
Une vraie harpette de voyage !

lundi 20 mai 2019

SERRE-JOINTS


Il y a  plusieurs sortes, systèmes, dimensions de ces ustensiles indispensables. Les plus efficaces, à mon avis, sont ceux en U avec un serrage à vis: indéréglables. Mais on ne les trouve habituellement que dans des dimensions assez courtes, de 4 à 15cm maxi:


Force est de se contenter le plus souvent du modèle chinois habituel, qui se décline à partir de 15 jusqu'à 50cm, voire plus:



 Bien utile, mais pas toujours très fiable. Il fonctionne selon un principe de porte-à-faux et d'inclinaison, mais glisse parfois, surtout quand on essaie de serrer des pièces pas parfaitement d'équerre, ou pire, des pièces courbes.

 J'ai mis au point une petite manip qui me permet de mieux utiliser ces serre-joints: je la livre à votre réflexion.

 Sur la barre, je fais quelques trous de 3 ou 4mm de diamètre, espacés de la longueur de la vis de serrage; munis de clous ou de vis, ces trous vont faire office d'arrêtoirs pour la barre coulissante et vont permettre de réduire la longueur utile du serre-joint:



ça ne pourra plus glisser. Bien sûr, il faut déterminer à l'avance quel trou utiliser!


 Avec ce dispositif, j'arrive à faire des serrages corrects même sur des pièces de forme irrégulière !

CQFD...

lundi 13 mai 2019

ARPA POVERA


 Non, ça ne veut pas dire "pauvre harpe"... mais bien harpe pauvre, pas chère, faite avec peu d'argent, en référence à l"arte povera" initiée par Germano Celant.

D'abord, bien sûr, le dessin sur la "Planche à dessiner les harpes":  24 cordes. Du classique.


Pour cette expérience, j'utilise un bois inusité en lutherie mais que j'ai sous la main: de la planche de coffrage en pin des landes, sans noeuds et bien sec; avec une tension assez faible (cordes courtes) ça devrait tenir. Pour renforcer le dessous, là où peuvent apparaître les fentes, trois lattes fines cintrées à la vapeur et collées pour faire une "semelle":


La table est réalisée en petites lattes d'épicéa récupérées sur la table d'harmonie d'un vieux piano fichu: du bois excellent, serré, hyper sec...
 J'ai un lot de mécaniques de guitares chinoises, l'occasion de faire une console en deux parties avec les cordes qui passent au milieu:


J'aime bien ce système: pas d'effet de torsion, et pas besoin de faire un assemblage pilier-console rigide, la tension des cordes suffit.
Accorder ou changer de gamme sont aussi bien plus faciles: plus besoin de clé. Je me passerai aussi de leviers, une sacrée économie. Ces mécaniques m'ont coûté 1€ pièce, contre près de 2€ pièce pour les chevilles coniques...
Un seul inconvénient: installer les cordes est un peu plus compliqué; pour attraper et guider l'extrémité de la corde, j'utilise un crochet fabriqué avec un rayon de roue de vélo...


Un pilier avec un tronc de cornouiller qui a la bonne courbure, et que je gardais en réserve depuis des années:


Sur la table, j'ai laissé deux ouvertures en haut et en bas. Je suis persuadé que ce système permet une vibration plus libre de l'ensemble. Avec un trou dans le panneau arrière; il sera toujours temps d'en rajouter d'autres si le besoin s'en fait sentir:




Plus qu'à installer les cordes...



vendredi 26 octobre 2018

Colorer des cordes métal

Un problème que l'on se pose souvent: comment colorer des cordes métalliques ? Pas simple...rien ne tient bien longtemps.
Voilà ce que j'ai trouvé de mieux (honnêtement c'est plutôt ma femme qui a trouvé...): Le vernis à ongles!
Pas besoin d'investir dans une marque prestigieuse...j'ai acheté ce qu'il me fallait au marché. Du rouge et du bleu. Le vendeur m'a regardé d'un drôle d'air...


Facile de colorer les cordes et même, éventuellement, les chevilles avec le petit pinceau du bouchon:



Comme on ajoute quand même un peu de densité à la corde, il faudra ajuster l'accord. Le vernis ne tient pas très longtemps au passage habituel des doigts, mais au dessus et au dessous ça tient nickel! Quand même bien utile pour le repérage, sauf si l'on joue en aveugle...


lundi 23 octobre 2017

"Tendeurs d'accordage" ?

Comment traduire l'américain "pitch bender" ? Ces petits ustensiles inusuels qui permettent d'augmenter légèrement la tension d'une corde et de la faire chanter plus haut. Vous vous souvenez de mes "perles d'accord" (voir la série "Dans les pas de Cousineau"); un bon système, mais un peu dur à utiliser à cause de la tension des cordes. Depuis j'ai continué à réfléchir et essayé de le rendre plus commode en mettant au point une sorte de levier, qui ressemble à une palette mais n'en est pas une...

Pour des cordes métal, on peut s'inspirer de la procédure suivante:

On commence par construire un socle, avec un bout de cornière aluminium de 25mm sur 10mm environ,
 et on perce un trou pour la fixation sur la console:


Avec une scie à cloche de petit diamètre, on découpe une rondelle dans du bois dur (ici du CP aviation):


On façonne ensuite un manche, plus large que la rondelle du bout, et on colle les deux pièces comme on le voit sur l'image:




On perce l'ensemble au milieu avec un foret de 2,5mm (la rondelle est donc percée en excentrique) :


On installe l'ensemble et on reporte le trou sur le socle; le levier doit pouvoir pivoter sans le toucher. On perce le socle (même foret):



Il ne reste plus qu'à faire tenir le tout par un boulon de 2,5mm de diamètre, avec rondelles. On coupe et on mate l'extrémité au marteau:


Voilà comment cela s'installe: entre cheville et sillet. Le sillet est ici une simple vis à bois dont la tête bloque la corde. En position basse:


Et en position haute:


 La fréquence monte ici au maximum d'un ton entier sur une corde en acier d'environ 50cm.

On pourrait utiliser ce système aussi avec des cordes nylon, j'ai fait un prototype qui fonctionne, à suivre donc !

vendredi 20 octobre 2017

MAUVAISES LONGUEURS ?


 On ne le répètera jamais assez ! La chose vraiment essentielle, dans la  conception d'une harpe, ou pour n'importe quel instrument à cordes, c'est
 DE RESPECTER LES BONNES LONGUEURS DE CORDES !  Celles qui vont permettre d'obtenir un son efficace sans (trop de) risques de casser...
 Beaucoup trop d'instruments d'amateurs sont conçus sans réel souci de respecter ces règles, avec un résultat souvent mauvais, quels que soient par ailleurs le soin et le talent déployés.

 Une harpiste me posait récemment ce problème. Elle possède une jolie harpe, qui sonne bien, construite par un amateur de talent ; mais grave souci : les cordes aiguës cassent plus souvent qu'à leur tour, et sans crier gare...de préférence en plein concert !

 Le symptôme typique d'une courbe harmonique mal dessinée.

 Un seul remède connu, à priori : accorder la harpe un ou deux tons plus bas, ce qui nécessite, bien sûr, de changer quelques cordes, et de régler les palettes, si elles sont réglables. Le résultat sonore n'est pas garanti...

  Y aurait-il une autre approche possible, un moyen de raccourcir quelque peu certaines cordes sans rien modifier d'autre ?

 Côté console, rien à faire, on ne peut rien toucher, si ce n'est refaire une console.
 Mais côté table ? Là, ça paraît plus simple. Il suffirait d'accrocher l'extrémité de la corde à un dispositif quelconque,  ce qui en réduirait la longueur vibrante d'un cm ou deux...suffisamment quelquefois.

 Un crochet ? Un ressort ? Quelle serait l'incidence sur le son ? Voilà qui donne des idées...non ?

lundi 16 octobre 2017

Fixer des cordes métalliques

 Pour attacher des cordes en acier ou en bronze à la table d'harmonie, c'est plutôt sportif ! Les fabricants de cordes expliquent qu'il faut les torsader autour d'un support...mais voilà: à la main on a de fortes chances de se blesser, et si l'on a le malheur de se servir d'une pince on risque de trop torsader et de couper...
 J'ai récemment cordé une bardique de ma fabrication en cordes de bronze,  je suis donc passé par là et pour essayer de m'en sortir j'ai trouvé un moyen de fixer sans torsader.

Dans du tube d'aluminium de 6mm j'ai débité des tronçons d'environ 1cm. Je les ai percés de part en part avec un foret de 3mm:



On fait ensuite, à la main, une boucle sur une extrémité de la corde:


et on fait passer la boucle en traversant pour qu'elle ressorte à peine de l'autre côté:


l'extrémité libre est alors coudée:



il suffit à présent de passer l'autre extrémité de la corde dans la boucle. On tire bien sur la corde:


à présent on peut installer et tendre la corde, ça ne glissera pas.
Du laiton ou du bois dur devraient aussi convenir, mais j'aime bien l'alu, léger et solide.



jeudi 21 avril 2016

CHEVILLES : ATTENTION !

Voilà ce qu'on peut lire dans le dernier N° (39) de "Telenn Din" à propos de la dernière harpe de Myrdhin, une "Ulysse" à cordes métal :

"La tension des cordes est une chose mais la tension sur les chevilles
en est une autre, deux fois supérieure. Point névralgique où la corde casse...
"

Deux fois supérieure ? J'avoue que cette phrase m'a fait quelque peu réfléchir; que veut dire l'auteur ?

 La solution est bien simple : j'ai déjà expliqué sur ce blog que la tension des cordes sur la table peut être quasiment réduite de moitié grâce à l'angle table-cordes, qui permet d'en transformer une partie en tension longitudinale (le long de la table elle-même).
Mais, effectivement, sur les chevilles, cette tension s'exerce toute entière, à peine quelque peu amortie par les sillets qui, eux aussi, en récupèrent et transforment une partie.
Grande fragilité, grand stress donc pour ces chevilles et pour les cordes !

On comprend aussi pourquoi les consoles de harpes cassent si souvent (et toujours au même endroit...).

Ces chevilles m'ont toujours un peu mis mal à l'aise... je trouve que, depuis le temps, on aurait dû leur substituer un système moins primitif...style mécaniques de guitare ou autres. Des idées ?


vendredi 8 janvier 2016

Essayons les cordes tressées !


Encore une idée empruntée à l'excellent livre de Bart Hopkin "Musical Instruments Design" les cordes tressées ! Non, pas des cordes filées, juste tressées. Au lieu d'une, on en met deux, ou plus, et on les tresse ensemble avant de les tendre...en les tendant, dit-il, mais cela implique un système de tension spécial. Pour nous, avec nos chevilles classiques, on tresse et on tend ensuite. On peut tresser plus ou moins serré, bien sûr...

Quel est l'intérêt de ce système ?

Si l'on a besoin d'une grosse corde, on peut en faire une avec deux ou trois petites:  deux cordes de 0,7 mm vont nous donner à peu près l'équivalent d'une de 1,5mm, etc... !
Un "tressage" énergique, ça doit faire quasiment une corde filée...?
On peut s'amuser à utiliser des diamètres inusités, par exemple du fil de pêche très fin, tresser ensemble des cordes de diamètres différents, des cordes dans des matières différentes: que donneraient des mélanges de nylon et de carbone, de nylon et d'acier ou de laiton ?
Bref, on peut expérimenter tous azimuts, avec toutes sortes de matériaux, et pour pas cher...sauf si l'on tresse des fils d'or !

Je suis curieux de savoir comment tout cela sonnerait ? Quel serait le rendu sonore de cette précontrainte introduite par le tressage ?

Alors, on essaie ? 

mardi 3 février 2015

BAMBOO STUDIO (II)


 Quelquefois, les problèmes nous orientent vers des idées nouvelles ! Après quelques mois, probablement à cause d'un excès d'humidité, le bas de la table de cette harpe a commencé à vouloir se décoller...Voilà qui n'est pas vraiment bon signe! Mais, bon, pas de panique, ça n'est pas la première fois que ça m'arrive...
 J'ai donc décordé, démonté, et réussi à finir de décoller toute la table sans rien casser.

 La refixer telle quelle, en plus solide ?

 Oui, mais aussi en profiter pour expérimenter quelques nouvelles pistes...

 Première idée : libérer haut et bas de table pour permettre à celle-ci de mieux vibrer; ça ne se fait pas, d'habitude, mais pourquoi ne pas essayer ?





 Vous remarquerez au passage que la table a été clouée, une solution que j'aime bien...de jolis clous en acier laitonné; avec un epoxy à prise lente, pas besoin de serre-joints.

 J'ai voulu donner aussi une légère concavité à la table; autre technique rarement adoptée, mais qui me semble pourtant très intéressante, j'en ai déjà parlé:




 Puisqu'on est dans les expériences, j'ai remplacé les cordes nylon par des cordes acier. Et là, O merveille, quel son ! Juste ce que j'aime, des harmoniques à la file, des cordes qui n'en finissent pas de résonner ! Il faudra que je vous fasse écouter ça un de ces jours...


jeudi 9 octobre 2014

TABLES D'HARMONIE : PLATES, CONVEXES, CONCAVES ?


 Je n'insisterai pas sur les tables plates : c'est la norme généralement adoptée, la plus simple. Est-ce la plus performante ? Notons cependant qu'une table plate, sous l'effet de la tension des cordes, tend toujours à se soulever et finit par devenir quelque peu convexe.
 Certains constructeurs adoptent délibérément la convexité. Les harpes traditionnelles du Tyrol et celles qui s'en inspirent, comme les «Heartland » :

Delight 38 de Heartland

 J'en ai essayé une, cet été, à Dinan, entièrement construite en fibre de carbone...hyper légère, avec un son superbe !

 Une table convexe intègre une partie de la courbe harmonique ; on peut donc réaliser une console plus droite, plus simple, et partant plus solide. La variation continue et progressive de l'angle table-cordes permet aussi de mieux répartir la tension « à l'arrachage » qui est, comme je l'ai déjà expliqué, fonction du sinus de cet angle. On démarre pour les aiguës, qui ne tirent pas trop, à près de 90°, et l'angle se ferme de plus en plus à mesure que l'on va vers les graves qui tirent de plus en plus fort. La convexité répartit donc mieux les charges, ce qui permet d'alléger les renforts et donc d'obtenir des tables qui vibrent mieux.

 Cependant, pour quelqu'un qui a étudié et pratiqué la réalisation de charpentes, la forme convexe semble vraiment la moins capable de résister à une charge : la recommandation est au contraire, en charpente, de toujours « mettre le bombé dessus », là où s'exerce la pression. La forme idéale serait donc plutôt concave ! En tirant, les cordes auraient tendance à resserrer l'assemblage de la table, tandis qu'avec une forme plate ou convexe celle-ci est plutôt destinée à s'ouvrir et à se fendre.
 À ma connaissance, actuellement, personne n'utilise de tables concaves pour les harpes ; mais cela se fait couramment pour les guitares, les pianos, les clavecins...Cependant, les harpes égyptiennes, africaines, birmanes,


Harpe birmane

qui n'ont pas de pilier, présentent toutes cette configuration, issue en droite ligne, si l'on peut dire, de l'arc musical.

 La question essentielle, bien sûr, est celle de l'amplitude et de la qualité du son.

 On serait tenté de penser que la forme convexe est celle qui permet au son de mieux « rayonner », étant déjà par elle même plus proche du mode -centrifuge et circulaire-  de propagation des ondes. Le même raisonnement nous amènerait à penser qu'a contrario la forme concave tendrait à perturber cette propagation, à la concentrer en un point (son foyer), et donnerait en tous cas un résultat bien différent : une distorsion, peut-être intéressante... J'ai discuté de tout cela récemment avec un jeune chercheur plein d'idées, Kurijn Buys  : voilà sa réaction à propos des tables concaves :

" A part l'avantage de renforcer la construction, une table concave devrait aussi améliorer le rayonnement du son. Cette disposition fait en sorte que la tension des cordes impose une précontrainte dans la table qui augmente la vitesse du son dans le bois. Si cette vitesse est trop basse par rapport à la célérité dans l'air, les ondes qui se créent sur la surface ont le temps de s'annuler dans le champ d'air près de la table (une sorte de court circuit acoustique)."

Tout cela ne mériterait-il pas quelques expériences ?

 (à suivre)

lundi 11 août 2014

L' ÂME DE LA HARPE


 Les instruments de la famille du violon ont une âme...non, ça n'est pas de la poésie, mais de la technique ! Sur ces instruments, l'âme est cette petite pièce de bois, coincée au bon endroit entre table et fond, qui a pour fonction de transmettre une partie des vibrations de la table au fond, lequel en renvoie une partie, quelque peu distordue...etc,  et aussi de compenser un peu la pression exercée par le chevalet.
 C'est ce qui fait si bien "chanter" un violon.
 Système curieux, qui ne semble exister que sur ces instruments, et participe activement à la production d'un son caractéristique.
 Je me suis toujours demandé pourquoi guitares, mandolines, bouzoukis et autres n'utilisaient pas ce procédé ?
Vous me voyez venir, bien sûr ! Et la harpe...?

 Pour transmettre la vibration de la table au fond, l'âme de la harpe devrait être d'une nature très différente.
 Sa table est tirée vers le haut par les cordes : elle tend donc à s'éloigner du fond. Il faudrait trouver un moyen d'arrimer table et fond ensemble. Le fond récupérerait ainsi une partie de la tension des cordes sur la table, et des vibrations de celle-ci . Comme pour le violon, cette âme d'un genre particulier prendrait plutôt place dans les basses, les plus tendues.

 Le son en serait-il modifié, perturbé, enrichi ?
Pourquoi ne pas essayer ?

 On pourrait imaginer toutes sortes de solutions. Je pense à quelque chose de bien simple : un (ou des) ressort(s) !
 Les ressorts se comportent un peu comme des cordes ; ils sont susceptibles de vibrer et de transmettre des vibrations. On peut les accorder...en les tendant plus ou moins.
 Imaginons un tel ressort, tendu entre table et fond à l'intérieur de la caisse, au niveau des quatre ou cinq cordes basses.
Pour estimer sa tension, on peut y accrocher des poids connus, et mesurer ses longueurs successives : plus il s'allonge, plus sa tension est forte. On peut faire une courbe...On saura ainsi quelle longueur lui donner en fonction de la tension recherchée.

  Après cette belle théorie, une petite expérience : j'ai accroché en bas de ma
« Smartwood harp » un ressort de lave-linge déclassé, de ces gros ressorts qu'on récupère toujours sur ces machines, et qu'on n'utilise jamais...Il est donc tendu entre le bas de table, qui présente, sur la Smartwood, une ouverture contre le pilier, et l' ouïe du bas dans le fond. C'est juste un essai, je n'ai pas mesuré la tension de ce ressort, ni fait d'effort pour le cacher...
Résultat ? Surprenant ! Je trouve que les basses, mais pas seulement, résonnent mieux, avec d'avantage d'harmoniques et de « sustain ». Pas de vibrations parasites. J'ai même l'impression qu'on gagne un peu en volume sonore...Le ressort doit se comporter un peu comme une ou plusieurs cordes sympathiques.   Bref, ça chante ! Du coup, j'en ai mis deux...




 Pourquoi j'ai pensé à des ressorts ? Dans son livre « Musical instruments design and conception » Bart Hopkin signale les possibilités sonores, peu exploitées jusqu'ici, de ces objets un peu étranges, et présents dans toute machine qui se respecte...
 Gustave Lyon avait déjà pensé à utiliser des ressorts, dûment tarés et accrochés à un cordier, pour soulager la tension invraisemblable des basses sur les harpes chromatiques Pleyel. Un bon système...pas seulement mécanique, mais intéressant aussi dans la production du son.

 Nos harpes auront-elles, un jour, une âme...à ressorts ?


samedi 9 août 2014

BAMBOO STUDIO

Encore une expérience...une harpe en bambou !



Mais oui, toute la structure de cet instrument est en « tripli »ou contre-collé de bambou, un matériau récemment disponible et destiné plutôt à réaliser des étagères...
Le bambou est, à sa manière, un bois de lutherie : flûtes et orgues portatives en bambou existent en Asie depuis l'antiquité.
C'est un bois très solide ! Ses fibres sont, comme celles des autres graminées, beaucoup plus longues que celles des bois habituels et contiennent davantage de silice, cette précieuse silice qui "répond" à merveille aux vibrations des cordes.
La technologie actuelle (chinoise) réalise, en collant bord à bord des lattes de bambou, toutes sortes de panneaux.
J'ai retrouvé dans mes archives, en faisant du rangement, un plan de « Studio harp » acheté chez « Musicmaker's » il y a quelques années, et que je n'avais jamais exploité : c'est l'occasion !
Naturellement, comme toujours, je n'ai suivi le plan que de loin...

Console et pilier sont réalisés comme d'habitude avec deux épaisseurs de panneaux contre-collées et un assemblage à recouvrement. Comme chaque panneau est lui-même constitué de trois épaisseurs de lattes entre-croisées, cela fait six épaisseurs pour ces pièces...4,5cm en tout.
Les côtés de la caisse sont de même taillés dans du panneau de bambou.
En refendant ce qui me restait, et en passant par la raboteuse, j'ai réussi à obtenir une seule épaisseur de lattes, d'environ 6mm , exactement ce qu'il faut pour construire une table d'harmonie en petites lattes collées, affinées vers le haut jusqu'à 3mm :



Les parties plus sombres qui apparaissent sur le bois sont... les nœuds du bambou.
Bas et haut sont en érable, et le panneau de dos en pin des Landes, de la récup.
Console et caisse sont assemblés, comme toujours, avec un joint libre, pivotant sur une pièce ronde taillée dans un...bambou, un « vrai », celui-là :



Un autre essai : remplacer les chevilles par des boulons ; il y a longtemps que j'y pense, et je n'ai plus de chevilles disponibles, deux bonnes raisons !
J'ai choisi des boulons de 6 à tête six pans creuse, utilisables avec une clé mâle (Allen) de 5. Ils existent aussi en noir, ça serait sûrement plus décoratif que l'acier zingué...



De l'autre côté, il faut percer un trou pour accrocher la corde :



Pour que le filetage ne devienne pas inutilisable, il faut visser au préalable un écrou jusqu'au bout. Une fois le trou fini, on dévisse l'écrou, qui va au passage restaurer le dit filetage...
Vieille ruse de bricoleur !

Pour cacher un peu ces têtes de vis, j'ai choisi de les encastrer dans le bois.

Voilà ce que ça donne une fois monté :



Côté cordes, écrous et rondelles :



Restent à mettre les cordes (29) et à accorder...

Le système fonctionne ! Quelques petits problèmes à résoudre :
-Pour serrer les écrous, une clé plate doit pouvoir passer. Il faut donc prévoir entre les « chevilles » un peu plus d'espace que d'habitude, surtout dans les aiguës .

-Les têtes ont tendance à s'enfoncer un peu trop dans le bois : je rajouterai sûrement, côté têtes, une rondelle crantée style « grower ».

Est-ce que ça vaut des bonnes chevilles ?

Ces panneaux de bambou ne sont pas d'une homogénéité parfaite. Il y a, par moments, dans le « tripli » des creux et des vides...pas très gênants, mais une cheville risquerait de tomber dans un de ces creux et de ne pas tenir correctement.
Le boulon ne jouant, lui, que sur le serrage, pas de risque.
On peut donc, grâce à ce système, et sans inconvénient, construire des consoles avec des bois plus légers ; c'est ce que font vénézuéliens et colombiens avec le « cedro » pour les « Llaneras ». Des chevilles coniques risqueraient de fendre ce bois.

Le son ? Avec des cordes nylon, très doux, une bonne résonance, des aiguës qui chantent bien, des harmoniques... moins de brillance, peut-être, qu'avec épicéa, red cedar ou contreplaqué aviation  ? Autre chose en tous cas. Intéressant !

lundi 19 mai 2014

Chevilles & Cie


 Faire tenir les cordes sur la console, pouvoir les enrouler pour ajuster l'accord, telles sont les fonctions des chevilles. Mais plusieurs systèmes existent : chevilles coniques, chevilles filetées, mécaniques de guitare.. ou même, comme on le verra, simples boulons...
 Quels sont les avantages et inconvénients de chacun ?
 La cheville conique est certainement une des meilleures : efficace, solide, elle est adoptée par la plupart des luthiers, en ébène, en buis, en métal, quelquefois aussi en os.
 Elle a tant d'avantages qu'on en oublie un peu son grave défaut :
Quand elle a tendance à glisser et à revenir en arrière sous l'effet de la tension, que fait-on ? On l'enfonce plus profondément dans le bois, et le problème est réglé. Oui, mais...à force de l'enfoncer plus avant, on risque tout bonnement de fendre le bois, et plus un bois sèche, plus ce risque augmente.
 J'ai fait un jour exploser une pièce de charpente en essayant d'y faire rentrer en force une cheville conique en bois...
 La plupart des fentes, quelquefois graves, qui commencent à s'ouvrir dans la console n'ont pas d'autre origine; la tension finit ensuite de détruire la pièce.

 Les chevilles filetées, de cithare, de piano ou de harpe, comme celles qui équipent les Dusty Strings, ne présentent pas cet inconvénient ; elles sont de section cylindrique, régulière. Une fois mises en place, on ne peut pas les régler pour comprimer le bois à volonté ; avantage au début, inconvénient ensuite : plus le bois sèche, moins il tient la cheville...même dans des bois très durs, ça finit par glisser...d'où les mixtures utilisées pour faire regonfler le bois, à base d'alcool et de glycérine...

 Un système formidable, le seul vraiment idéal, c'est la mécanique de guitare (ou de contrebasse pour de très grosses cordes). La cheville est actionnée grâce à un petit engrenage mû par une vis d'Archimède...impossible pour elle de retourner en arrière, la vis bloque. Une légère démultiplication permet une manipulation très précise, sans forcer.
 Le seul ennui, c'est que ces mécaniques prennent beaucoup de place sur la console : impossible de les faire tenir sur une harpe celtique. On ne peut les installer que sur des harpes de style paraguayen, avec les cordes qui passent au milieu de la console (excellent système d'ailleurs) ;  la ruse est de mettre une rangée de mécaniques de chaque côté de la console : là, ça rentre !

 Enfin, le système pour bricolo fauché et débrouillard ! Le boulon !
Les luthiers vénézuéliens et colombiens utilisent ça sur les "llaneras". Disponible partout, pas cher, solide !
 Les boulons traversent la console. Ils sont percés d'un trou à leur extrémité, pour y fixer la corde. Du côté de la corde, un écrou sur une rondelle. Pour régler la tension, il suffit de serrer ou de desserrer l'écrou...pendant qu'on immobilise l'autre côté avec une clé. Pour accorder, il suffit de tourner la tête du boulon avec la clé, l'écrou glisse sur la rondelle sans se desserrer.
 Vraiment peu de risques de fendre le bois, le dispositif n'augmentant pas de diamètre. On ne joue que sur le serrage.
 Pas besoin de clé d'accord, chère et difficile à réaliser soi-même, mais de simples clés de mécanicien ou de garagiste. Par contre, il faut deux clés, une pour chaque côté.

 C'est ce qui fait dire à Pascal Coulon que, quand on règle sa harpe, on a l'impression de réparer sa mobylette !

 Avec ce système, on peut utiliser pour la console des bois moins durs et moins lourds.
 Enfin, pour une console construite en deux ou trois plis contrecollés, le serrage des boulons va renforcer la cohésion du "sandwich".

 Alors, vraiment, pas un seul petit inconvénient ?

 Je vais faire l'essai, et vous en dirai plus au prochain épisode !

 Parlons argent à présent :

Cheville conique, environ 2€ pièce
Cheville filetée de harpe : idem
Cheville de cithare : 0,5€ pièce
Cheville de piano ? A récupérer sur un vieux piano...
Mécanique de guitare, environ 1€ pièce sur le net, chez les Chinois...sinon, il y en a à tous les prix.

Boulon : 16 centimes pièce chez Leroy & Merlin (avec écrou et rondelle)...

(à suivre).

dimanche 11 mai 2014

CLAUDIA


Pour une amie de mon cours de harpe, cette petite 22 cordes :  


 Avec quelques planches de vieux merisier (une ancienne table) et une table d'harmonie en petites lattes de red cedar .
 Le montage "libre" (non collé) de l'ensemble console-pilier m'a permis de refaire la caisse, dont la première version ne me satisfaisait pas...et sans rien casser !
 Comme toutes mes harpes, la liaison console-caisse se fait sur un demi cylindre collé en haut de la caisse:


Un système merveilleux, qui simplifie drôlement les assemblages de mise au point, et anticipe les futurs mouvements de l'instrument...merci Jerry !

 Console et pilier sont construits avec deux épaisseurs contrecollées, fils du bois croisés, impec. Ce qui permet aussi de résoudre le problème du joint console-pilier : une des deux planches du pilier vient se prolonger sur la console, du côté droit, celui qui est soumis à la torsion...ça ne bougera pas, inutile de renforcer. 
Voilà ce que je veux dire, toujours tiré du livre de Jerry, mine inépuisable décidément :