dimanche 6 octobre 2013

ECLIPSES DE HARPE

 Cet article est paru dans le N°29 de "Telenn Din", le bulletin de liaison du CRIHC. Je n'en suis pas satisfait à 100%, mais je le mets quand même ici à la disposition de tous pour alimenter le dialogue...

 En feuilletant un vieux recueil (1850) du « Magasin Pittoresque* », je tombe sur une « histoire de la harpe » plutôt bien faite, mais dont l'introduction surprend :

« Cet instrument semble presque abandonné. On le voit encore au théâtre,dans les concerts, et aux mains des pauvres musiciens ambulants : mais presque toutes les familles le repoussent ; il a perdu sa popularité, ce n'est presque plus qu'un souvenir. C'est donc le moment d'écrire son histoire... »

 Effectivement, au XIXème, et même après, toutes les jeunes filles de bonnes familles font du piano, et les jeunes gens du violon...Mais quand même, la harpe dans la rubrique nécrologique des instruments démodés ?

 Beaucoup d'instruments de musique ont disparu après quelques générations de succès. Ce qui est étrange avec la harpe, et qu'on retrouve à plusieurs reprises dans son histoire, c'est cette faculté qu'elle a d'apparaître, de séduire quelque temps, puis de disparaître, et de renaître ailleurs et en un autre temps et sous une autre forme.

 La harpe est née, selon toute vraisemblance, de l'arc musical, comme en atteste aujourd'hui encore le « berimbau » brésilien, et sans doute au néolithique. Sous une forme encore proche de l'arc, elle se développe en Orient, en Afrique, en Égypte et y devient un instrument majeur, de plus en plus élaboré, représenté partout. Elle apparaît aussi, vers la même époque, dans la culture Cycladique, triangulaire, étrangement moderne.
 Cherchez-la en Orient aujourd'hui : elle ne subsiste plus qu'en Birmanie...mais les chinois sont en train de la ré-inventer (pour des raisons seulement commerciales ...? )

 Pendant toute la civilisation gréco-latine, il n'en est presque plus question : les peuples méditerranéens lui ont préféré les lyres et autres cythares, tandis que, très probablement, la harpe remontait le Danube et passait chez les « barbares » d'Europe du nord, comme le montre ce passage de l'évêque d'Amiens Venantius Fortunatus au VIème siècle :

ʺ Romanusque lyra, plaudat tibi barbarus harpaʺ

(Que le romain te célèbre de sa lyre, et le barbare de sa harpe... )
 C'est d'ailleurs chez ces « barbares » Germains et Celtes qu'elle va se développer et acquérir vraiment ses lettres de noblesse, accéder à la perfection de sa forme, fasciner et charmer tout l'occident médiéval.
 Tous ces pays rivalisent alors de créativité pour en décliner la séduction, et en développer les possibilités sonores : harpes à doubles, puis triples rangs de cordes, cordes croisées, harpions, et pour finir, au XVIIème, crochets de demi-tons.
 Le cas de l'Irlande est particulièrement intéressant : jusqu'au XVIIème, tout le monde y jouait de la harpe, il y en avait au moins une, semble-t il, dans chaque maison ! Lors de l'invasion par les soldats de Cromwell, ceux-ci avaient l'ordre de confisquer et de brûler toutes les harpes qu'ils pouvaient trouver. On reste ébahi par un tel acharnement à détruire systématiquement un instrument de musique...et la culture qu'il symbolisait.
 L'Irlande ne s'en remettra jamais, et ne se remettra jamais vraiment à jouer de la harpe ! Il y a, bien sûr, en Irlande, d'excellents harpistes, mais cet instrument n'a jamais retrouvé sa popularité, et il est bien rare de l'entendre aujourd'hui ailleurs que dans une salle de concert...même si elle continue à orner toutes les canettes de bière dans les pubs...

 De l'Irlande, passons en Espagne, qui s'est prise de passion pour elle pendant toute la période baroque, au point d'en faire l'instrument presque unique de la liturgie : il y avait des harpistes dans toutes les églises, on y a composé des recueils entiers de pièces pour harpes pendant plus d'un siècle, et puis, là aussi, la mode a changé, la guitare est devenue de plus en plus populaire, orgue et clavecin on achevé de la chasser des salons et des églises...

  Entre-temps, heureusement, elle avait traversé l'océan, et la voilà qui renait une fois encore en Amérique du Sud, dans tous les pays de l'empire espagnol. Transplantée au départ par les jésuites des « Missiones », elle va rapidement devenir un instrument populaire, ce qu'elle est encore aujourd'hui dans beaucoup de ces pays, avec de très nombreux harpistes et facteurs de harpes, des styles de jeu très différents, aux influences riches et variées.
 Au Paraguay, par exemple, on dit qu'un habitant (mâle.. .) sur trois joue de la harpe. A l'échelle de la France, ça ferait plus de cinq millions de harpistes !

 Dernier avatar pour notre instrument bien aimé : la harpe celtique ! Née de la nostalgie des celtes du XXème siècle pour leurs cultures d'origine, et de leurs revendications politiques, reconstruite par des pionniers comme Gildas Jaffrennou et Jorj Cochevelou, perfectionnée pas les japonais de chez Aoyama puis par de nombreux luthiers, produite à présent et jouée dans le monde entier...

 Mais pourquoi ces disparitions et réapparitions périodiques ? Je retrouve, dans un de mes vieux textes, un élément de réponse :

« Elle reste toujours un peu primitive, barbare, distille une magie puissante, mais résiste à tous ceux qui voudraient la transformer en quelquechose de « bien tempéré »...
On ne la discipline qu'à grand-peine ; qu'on songe seulement à tous les efforts pour la chromatiser : elle se venge en sonnant mal ou plus ou moins faux ! Elle ne livre toute sa pureté sonore que dans sa simplicité première, dépouillée de tous les mécanismes ou bidules patiemment mis au point.
Sa forme même semble illogique, paradoxale ; impossible de la ramener au carré ou au rectangle rassurants : une sorte de faux triangle inversé, qu'on a du mal à faire tenir debout, tant elle défie les lois de l'équilibre...
On ne sait pas par où la prendre : pas question de s'asseoir bourgeoisement avec elle comme à son bureau, mais mal assis, debout, plié en deux, et toujours dans des postures inconfortables : on la dirait vouée au déséquilibre, au biscornu !
Quand on veut la faire chanter fort, elle fait mal aux doigts, avec ses cordes trop tendues.
Sa jeunesse est souvent ingrate, et elle ne se donne avec fougue que dans son âge mûr, pour ensuite vieillir vite, se fendre, se décoller voire casser net, quand ça lui chante...
Elle est trop sauvage, trop païenne et trop subtile à la fois pour nos temples dédiés au culte de la vulgarité et du lieu commun... elle finit toujours par se faire oublier, exclure, persécuter même, et par se réfugier chez les rêveurs, les marginaux et les magiciens... »

Quel sera le prochain épisode ?

D.S.

* Magasin Pittoresque, 18ème année, 1850, Pages 358 à 360 et 375 à 376 .


lundi 23 septembre 2013

AUX ORIGINES DES HARPES GAELIQUES


Cet article a été publié dans le N°2 de la revue "harpes mag", mais je le mets aussi sur ce blog parce qu'il me semble important de dissiper une erreur, répétée partout et même dans les travaux les plus sérieux, sur l'absence de pilier dans les harpes anciennes : on pourra se rendre compte que les harpes des Cyclades, au III ème millénaire avant JC, comportaient déjà un pilier et ressemblaient fort à celles de l'occident médiéval, même dans certains détails de leur construction, et de leur symbolisme...


Le facteur de harpes Joël Herrou, qui réalise de façon traditionnelle de très précises et précieuses copies de harpes gaéliques anciennes, écrit, à propos de ces instruments* : « les harpes irlandaises ont atteint au XIVème siècle un état de perfection. L'instrument était achevé, capable de toucher au but : l'être humain dans ce qu'il a de plus profond... »
Ainsi, ces plus anciens témoins retrouvés de nos harpes d'occident, la « Brian Boru », la « Queen Mary » etc...ne seraient pas les prototypes encore imparfaits d'une technologie balbutiante, mais au contraire l'aboutissement d'une longue recherche, la parfaite maîtrise technique et symbolique d'une tradition millénaire.
Cette idée me fait toujours penser à ce qu'Aristote dit d'Homère et de ses prédécesseurs** :
« Des poètes antérieurs à Homère, il n'en est aucun dont nous puissions citer une composition dans le genre des siennes, mais il dut y en avoir en grand nombre... ».
Oui, Joël a raison, il y a eu beaucoup de constructeurs de harpes avant nos vieilles gaéliques, il a fallu des siècles de musique et de lutherie pour aboutir à une telle perfection, qui est aussi à l'origine de tous nos instruments modernes.
La preuve ? Regardez ces images : 







Ces statuettes datent de la fin du néolithique, de l'âge du bronze (IIIème millénaire avant JC). Elles appartiennent à la fameuse culture « pélasgique » des Cyclades, qui s'est épanouie pendant un bon millénaire sur les îles et les rives de la mer Egée, puis en Crète, bien avant la culture grecque donc. Elles sont finement sculptées dans le marbre des îles et ont été retrouvées dans des tombeaux, au milieu de tout un mobilier funéraire ; comme en Egypte, le harpiste, mais aussi le joueur de flûte double, accompagnent l'homme au delà de la mort et lui font franchir, par la magie de la musique, le « passage ». Il n'y a pas si longtemps que les cortèges funèbres, en Irlande, se faisaient au son du whistle !
On remarque tout de suite la forme arquée et triangulaire, quasiment la même que celle de nos instruments . Les trois éléments du « triangle » sont bien là, caisse, console et pilier, contrairement aux harpes mésopotamiennes, égyptiennes ou africaines, qui n'ont pas de pilier.
Ces instruments sont d'assez petite taille, si l'on en juge d'après les harpistes : la caisse a la longueur et à peu près l'épaisseur de la cuisse du harpiste, ou un peu plus, de 50 à 70 cm de long pour 15 à 20 cm de large ; elle est très certainement creusée dans une pièce de bois massive, la technique ancienne, qui ne nécessite ni colle ni délignage de planches fines, très difficiles à réaliser avec les simples outils de l'époque : haches et herminettes de pierre, affiloirs et ciseaux d'obsidienne et de bronze, pierre ponce de Santorin pour...poncer et lisser. On ne fabriquait pas encore d'outils de fer.
Faut-il supposer un panneau de dos pour clore la caisse, ou celle-ci est elle laissée délibérément ouverte, quitte à être à volonté plus ou moins fermée par la cuisse du harpiste, ce qui modulerait à la fois le volume et le timbre de l'instrument ?
Pilier et consoles sont de section tubulaire, et font vraiment penser à des branches soigneusement équarries et lissées.
Comment tout cela était-il construit ? Pour moi, la question se pose ainsi : si je devais en construire une (promis, je vais m'y mettre...) je m'y prendrais comment ?
Ces schémas feront comprendre l'idée que je suggère : 



On obtient la forme voulue avec deux branches fourchues assemblées au niveau du « bec de canard » (voir plus loin) par un simple joint tenon-mortaise, qui apparaît d'ailleurs sous l'assemblage.
Pas de colle, la tension des cordes assure la cohésion de l'ensemble.
On aurait du mal à trouver aujourd'hui, dans les Cyclades, le bois nécessaire ! Difficile d'imaginer que ces cailloux dénudés étaient, dans la haute antiquité, couverts de vertes forêts avec de nombreuses variétés de feuillus. Cinq mille ans d'exploitation, de sur-pâturage caprin, d'incendies etc...sont passés par là. Il reste, ça et là, quelques ilots de verdure...

Un détail curieux, qui apparaît systématiquement, le « bec de canard », plus ou moins long.
De canard ? D'aucuns y voient la figuration du serpent qui se mord la queue, image ésotérique s'il en est, familière aux « enfants d'Hermès »...Mais si certaines statuettes font effectivement penser à une tête de serpent (une partie du « bec » a pu être cassée), la plupart évoquent plutôt un bec d'oie sauvage, de grue ou de cygne . On sait toute l'importance de l'oie sauvage, de la grue, mais aussi du cygne et de son chant dans les mythologies anciennes, de la Chine jusqu'à l'Irlande avec l'histoire des « enfants de Lîr ». Toujours dans le livre de Christine Y Delyn*, on peut lire (P.138) :
« Le nom gaélique de la console, et l'une de ses orthographes CORR correspondrait à la grue ou au cygne... le cygne est symbole de lumière pure, de noblesse, les dieux et déesses en prennent la forme... leur chant, très mélodieux, peut charmer ou endormir...etc »
Harpe et cygne sont souvent associés aussi dans l'imaginaire romantique, comme dans « Le lac des cygnes » de Tchaikowski ... Un illustrateur anglais du XIXème s'en est souvenu sur cette image quelque peu érotique :



Cette « tête de harpe » n'a cessé, dans l'histoire de la harpe, d'évoquer pour les luthiers une tête humaine, animale, et souvent d'oiseau, et cela réapparait régulièrement sous diverses formes, de l'aigle impérial perché sur la harpe de Joséphine de Beauharnais, construite par Cousineau :


à...cette très belle sculpture sur une harpe celtique de Marin Lhopiteau : 


Quelquefois, l'oiseau est réduit à un motif peint ou sculpté, comme sur cette copie de la harpe de O'Carolan par Claude Leroux :


Sur les « clarsach » la tête d'oiseau a disparu, mais il reste son œil, le fameux « œil de la harpe » , un éclat de cristal ou autre pierre brillante enchâssée en bout de console...

« Dans la hiérarchie artistique, les oiseaux sont les plus 
grands musiciens qui existent sur notre planète. »
Olivier Messiaen


Console et pilier paraissent très épais sur ces statuettes, au point que l'on a pu penser à des pièces creuses, faisant office de résonateurs secondaires ; difficile à imaginer, à moins de construire en bambou...mais, de mémoire d'homme, pas de bambous dans les Cyclades !

Elles sont très stylisées, un travail remarquable quand on pense à la difficulté de sculpter dans un marbre dur avec une telle précision. Le sculpteur a pu être tenté d'épaissir un peu ces pièces qui n'auraient pas tenu si trop fines.

D'ailleurs, console et pilier ont été souvent cassés  :



Et si l'on part de l'idée de branches en bois tendre, comme le saule, une section plus importante en compenserait la relative fragilité.
Une console cylindrique ? Les anciens n'utilisaient pas de chevilles pour tendre les cordes, mais un système de lanières de cuir solide, les « collopès ». Chaque corde est fixée au milieu d'une lanière qui vient se lacer des deux côtés, sur le dessus de la console. Pour tendre, on tire sur la lanière et on bloque par un nœud spécial. La forme tubulaire de la console convient donc bien.
Reste une question intéressante : cordes boyau ou métal ?

Les Pélasges ont inventé ou en tous cas introduit la métallurgie du cuivre et du bronze dans l'espace méditerranéen. Ont ils eu l'idée de faire des cordes avec ces métaux ? Difficile à démontrer, mais j'en suis personnellement convaincu : ils ont eu près de mille ans pour expérimenter ! Il semble qu'à la même époque, la harpe mésopotamienne, le « kugo », était déjà tendue de cordes métalliques.

Peut on se faire une idée de la tessiture de ces instruments ? On ne sait même pas combien on y tendait de cordes... Mais si l'on se base sur les dimensions approximatives de la « harpe de Kéros », par exemple : 


Un triangle d'environ 50/40/40 cm, on peut essayer de tracer un plan de cordes .
Supposons 2 à 3 octaves, probablement sur des gammes pentatoniques, donc de 11 à 16 cordes, avec une tension assez faible, de l'ordre de 30%, on obtiendrait pour des cordes en boyau quelque chose entre C6 (Do du second octave) et A3 (La du quatrième).
Pour des cordes en bronze, on peut descendre un octave plus bas.
La « grande »  harpe de la figure 1 devait descendre plus bas encore dans les graves.
La forme de la console, et la tension assez faible supportée par les lanières de cuir nous interdisent de penser que l'on ait pu monter très haut dans les aiguës avec ces instruments...

Comment jouait-on de ces harpes ? Valérie Patte, à qui j'ai montré ces images, a noté un détail intéressant et sûrement significatif : le harpiste tient le pilier d'une main, comme s'il tirait dessus en jouant : peut-être pour modifier la tension des cordes ? C'est bien possible, avec un ensemble console-pilier en bois souple : un effet « bend » de guitare électrique...les ancêtres de Myrdhin et de... Jimi Hendrix ?


La position de jeu, aussi, est curieuse pour nous : le harpiste joue assis, la caisse repose sur sa cuisse, sur un large siège, chaise ou tabouret. Sur la plus grande harpe de la figure n°1, plus détaillée et sans doute plus récente que les autres, on remarque une sorte de « ceinture » qui aide à maintenir la harpe contre le harpiste. Les chaises ont un « design » superbe, qui pourrait donner des idées à des créateurs contemporains !


Ces instruments semblent bien être joués à « main droite ».

Comment ces harpes des Cyclades ont-elles fini par coloniser les pays du nord-ouest de l'Europe ? Il faut comprendre que les gens, quelquefois des peuples entiers, voyageaient déjà beaucoup dans la haute antiquité : pas toujours pour le plaisir, certes ! Commerce, expéditions militaires, migrations, exodes, mais aussi aventuriers, musiciens itinérants, vagabonds de tout poil, tout cela ne date pas d'hier ! En particulier, l'axe Danube-Rhin a été un lieu de passage très anciennement et intensément pratiqué entre méditerranée orientale et nord de l'Europe. Les Celtes sont passés par là eux aussi. On a pu noter enfin une certaine ressemblance de cette statuaire avec celle de la culture «  Hamangia » découverte dans des nécropoles en Roumanie, précisément autour du delta du Danube, et qui est encore plus ancienne : VIème et Vème millénaires avant JC.
Toute cette proto-histoire donne le vertige et on s'y perd un peu...

Et j'en reviens ainsi, bien plus près de nous, aux harpes gaéliques. Tous les éléments, aussi bien techniques que symboliques, en étaient déjà esquissés au IIIème millénaire avant JC, restait à tout perfectionner, et notamment à systématiser l'usage des chevilles et, après avoir compris les propriétés de la courbe harmonique, à inverser la courbure de la console, ce que les luthiers gaëls et médiévaux ont superbement accompli, dessinant au passage la forme de nos harpes modernes.


Didier Saimpaul


*Christine Y Delyn, Clarseach, la harpe irlandaise P. 160, Hent Telenn Breizh éditeur.
**Aristote, Poétique, IV, 8.


Crédits photographiques :

fig. n°1et 10 : Metropolitan museum, New York.
fig. n°2 et 9 : Musée National, Athènes.
fig. n°3 : Paul Getty Museum, Malibu, CA.
fig. n°5 : Musée de la Malmaison, Paris.
fig. n°6 : Marin Lhopiteau.
fig. n°7 : Myrdhin.
fig. n°8 : Badisches Landes Museum
Karlsruhe, DE.

Schémas de l'auteur...



mercredi 11 septembre 2013

BIGPRINT


 Un outil étonnant : le logiciel BIGPRINT, conçu au départ par l'américain Matthias Wandel pour les menuisiers et autres ébénistes.
Le principe est simple : à partir d'un dessin, voire d'une image, on peut réaliser un plan à l'échelle 1 et le tirer par petits morceaux A4 sur une imprimante quelconque. Il suffit ensuite d'assembler les morceaux, et des quadrillages permettent de se repérer pour le faire...tout simplement génial.

 Voilà un exemple : à partir de ce joli dessin de harpe gothique, publié par le luthier anglais Ronald Zachary Taylor dans son livre "Making early stringed instruments" :


 Après avoir donné une mesure de distance dans BIGPRINT, le dessin se transforme en autant de feuilles A4 à imprimer qu'il en faudra pour réaliser un plan à l'échelle 1 :



 Le quadrillage (réglable) permettra de bien s'y retrouver dans l'assemblage...
 On peut, au choix, tout imprimer, ou seulement les feuilles sélectionnées (trait bleu).
 Pas chouette ?
 Une version d'évaluation gratuite permet de comprendre le fonctionnement, ultra-simple, du logiciel, mais pas de l'utiliser, of course...pour ça, il faut l'acheter !

http://woodgears.ca/bigprint/



mardi 3 septembre 2013

REPARATIONS D'UNE KORA ?


Sur une brocante d'été, j'ai pu acheter pour pas bien cher une petite kora pour enfants, ou pour touristes....et qui ressemble un peu aussi à un Kamélé-ngoni,  instrument assez différent de la kora, mais qui fait partie de la même famille de "harpes-luth" d'Afrique de l'ouest. Un engin un peu bâtard, donc, comme il s'en vend souvent en Afrique...
Il est en assez bon état, mais nécessite quelques interventions pour chanter à nouveau :


Une calebasse avec une peau tendue et fixée par de gros clous de tapissiers, quelque peu oxydés, composant une courbe gracieuse et décorative :





Des 13 cordes d'origine, il n'en reste que 6, avec 6 chevilles, efficaces, mais assez grossièrement sculptées dans un bois inconnu:


 La peau ( de chèvre ?) est légèrement fendue au niveau du chevalet : Pas catastrophique, mais à repriser pour éviter que ça ne s'aggrave !


Le chevalet lui même a une dent en moins...les cordes risqueraient de glisser. Je vais donc en tailler un autre...


Plus quelques petites modifications. L'instrument en vaut-il la peine ? Bon... c'est ma première harpe-luth, et je ne prends guère de risques ! A suivre ...


lundi 12 août 2013

ATTENTION (HAUTE) TENSION !


Quand on lit, dans des descriptifs techniques, que la tension des cordes atteint souvent, sur des harpes celtiques, de 300 à 500 kg, voire plus, on reste quelque peu perplexe :

 Comment une structure apparemment aussi légère et gracile peut-elle supporter un enfer pareil ?
 Une table d'harmonie construite dans les règles, avec de fines planches d'épicéa, certes orientées en travers, comment s'y prend-elle donc pour ne pas exploser ?

 Si l'on parle, par exemple, d'une tension globale de 400 kg, il convient tout d'abord de remarquer que celle-ci s'exerce entre deux pièces, la console et la table, et que chacune de ces deux pièces en supporte donc la moitié. Nous voilà ainsi avec « seulement » 200 kg pour la table....

 Une telle tension exercée sur une table qui serait perpendiculaire aux cordes risquerait bien, effectivement, de la détruire rapidement ; mais les tables de harpes se présentent toujours plus ou moins en biais, selon un angle compris, en général, entre 45° et 25° , assez souvent autour de 35° pour les celtiques. Grâce à cet angle, qui participe aussi à la production du son si particulier à cet instrument, la tension va pouvoir se décomposer selon plusieurs axes, et se faire moins agressive dans l'axe perpendiculaire à la table :


 Sur le point A, qui est le trou dans la table, s'exerce la force F (AB)

 On peut étudier la répartition de ces forces de tension soit graphiquement (sur du papier millimétré), soit au moyen de ces quelques formules simples de trigonométrie qu'on est censés apprendre au collège...
 Je rappelle ici le truc mnémotechnique qui permet de les retenir sans effort :

CASSE-TOI !
CAH SOH TOA 

Cosinus= côté Adjacent / Hypoténuse
Sinus = côté Opposé / Hypoténuse
Tangente = côté Opposé / côté Adjacent


 Tout cela dans un triangle rectangle.
 Sur notre « polygone des forces »  la force F est la résultante des forces F1 et F2, F1 étant celle qui s'exerce perpendiculairement à la table, la seule qui nous intéresse ici.

 On a donc : Sin α = F1 / F soit F1 = F Sin α

 Pour α = 30° par exemple, Sin α = 0,5 donc F1 = F/2

 On voit que pour un angle table-cordes de 30°, la tension susceptible d'arracher la table va être réduite de moitié, à savoir 100 kg au lieu de 200 kg dans notre exemple...

 Avec un angle de 35°, on obtiendrait 114,71 kg, toujours au lieu de 200 kg.

 Ces tensions sont encore considérables, mais on se dit maintenant qu'une table d'harmonie bien construite doit pouvoir les supporter.

  On constate aussi que la tension exercée le long de la table, ici F2, va au contraire augmenter quand l'angle α se ferme ; mais celle-là ne nous gêne pas : si les bords de la table n'étaient pas collés ou cloués, elle aurait même tendance à resserrer l'assemblage bord à bord des lattes et à empêcher les fentes d'apparaître ou de s'élargir. On pourrait presque imaginer des tables assemblées sans colle, qui tiendraient grâce à cette tension indirecte des cordes...mais je pense que des grincements et vibrations indésirables se manifesteraient, entre autres problèmes.

 On comprend, par contre, l'utilité des oeillets ou des cavaliers pour renforcer les trous dans la table, et empêcher les cordes (surtout métalliques) d'attaquer le bois trop directement...


mardi 16 juillet 2013

EQUATION DE TAYLOR (suite)


 La technique qui consiste à peser les cordes peut manquer un peu de précision, surtout pour les cordes les plus fines, à moins d'en avoir un rouleau entier à sa disposition... On peut calculer la masse linéaire M d'une autre façon, plus rigoureuse, si l'on connait la densité du matériau :

Volume X Densité = Masse

Par exemple, le nylon Tynex a une densité de 1,067 (kg/litre ou dm3).

Toujours pour notre corde de 1mm de diamètre on aura donc :

-Surface de la section de la corde :   3,14 X (0,5)2 = 0,785 mm2
-Volume d'un mètre de corde : 0,785 X 1000 = 785mm3 soit 0,000785 dm3 ou litre

-Masse linéaire:  M = 0,000785 X 1,067 = 0,00083 kg par mètre .

Avec la méthode de la pesée, j'avais obtenu précédemment  M = 0,00081 kg/m

La tension recherchée est de 10,48 kg  toujours pour notre exemple, au lieu de 10,36 kg.

 Une petite marge d'imprécision donc pour la méthode de la pesée...qui reste précieuse si on ne connait pas la densité du matériau utilisé.


vendredi 14 juin 2013

REPARATIONS (7)


Les palettes de 1/2 tons...Voilà un bon sujet qui est loin d'être épuisé ! Un rapide coup d'oeil suffit à introduire la chose : il existe des quantités de systèmes,  aucun n'est parfait, les meilleurs étant de petites merveilles de micro-mécanique qui, naturellement, coûtent fort cher ...
 Des amateurs, comme nous, peuvent être tentés de fabriquer leurs propres palettes. C'est ce qu'avait essayé de faire le constructeur de cette harpe que j'ai réparée pour Ysia.
 Son système est simple : De la tige filetée de 3mm, un  bouton en bois, un petit volet en cuivre pour coincer la corde et quelques écrous, la tige venant se loger dans un trou sur la console.
 Très bon, simple, mais un gros inconvénient,  PAS REGLABLE .
 Comme tout bouge sur une harpe, les demi-tons deviennent rapidement faux, surtout si l'on modifie, même légèrement, la tessiture de l'instrument.

 J'ai donc essayé de reprendre ces pièces, et de les modifier pour les rendre déplaçables et réglables.
 Le principe est de fixer la tige sur un "sabot" que l'on va pouvoir placer ou l'on veut et déplacer si besoin est.
 Un bout de profilé alu en "U" et deux écrous suffisent :




 Le système pivote, une rondelle en feutre rend le mouvement plus rigide pour que ça ne se mette pas à tourner tout seul. La pièce se fixe par deux vis, et un certain déplacement reste possible. Malheureusement je n'ai pas de micro-fraiseuse, mes trous ne sont pas "nickel"...



 Reste à monter tout ça sur la harpe, et à tester...



vendredi 19 avril 2013

CALCULER LA TENSION D'UNE CORDE : L'EQUATION DE TAYLOR


Une façon assez simple de mettre en oeuvre cette fameuse "équation de Brook Taylor" ( mathématicien et musicien anglais du xviième siècle) ;

- Mesurer une, ou mieux plusieurs cordes du diamètre considéré.
- Les peser, avec une balance la plus précise possible : plus on a de longueur de corde, et plus la pesée sera bonne, bien sûr.
- Déterminer sa MASSE PAR UNITE DE LONGUEUR (m) en divisant la valeur pesée en kilogrammes par la longueur en mètres.

L'équation s'énonce ainsi :
 
 Où :
f est la fréquence en Hertz de la note considérée,
k désigne l'harmonique recherchée (ici égal à 1),
L est la longueur de la corde,
F est la tension de cette corde, valeur que l'on recherche,
m est la masse par unité de longueur que nous venons de calculer.

 On élève tout au carré pour éliminer la racine, on fait quelques permutations pour réécrire l'équation sous une forme
 plus commode :
                              

Prenons un exemple : Soit une corde nylon tynex accordée en A4 (diapason) 440 Hertz , de 0,4m  (40cm) de longueur.
On prend une corde de 1mm de diamètre, qui mesure au départ 1,33m et pèse 1g, soit 0,001 Kg. (attention à ne pas s'emmêler avec les zéros !).
La masse par unité de longueur est donc : m =  0,001 / 1,33 = 0,00081 Kilo par mètre linéaire.

On peut maintenant remplacer les termes de notre équation par des valeurs numérales :

F = 0,00081 X 440 X440 X 4 X 0,4 X 0,4 = 100,36 N

N  pour "Newton" qui est l'est l'unité de mesure de  la tension. Pour obtenir cette valeur en Kg, il faut la diviser par le coefficient 9,81. Cela nous donne : F = 100,36 / 9,81 = 10,23Kg. (au bord de la mer...).

Si on met une corde de même longueur mais de 0,9mm de diamètre, on obtient une tension de 8,71Kg, ça  risque d'être un peu mou... Pour une corde de 1,25mm de diamètre, on obtiendrait en revanche 17,17Kg de tension, presque le double ! Rude pour les doigts et pour la table d'harmonie...

Une remarque : comme  la tension est donc notamment proportionnelle au carré de la longueur, on comprend pourquoi, surtout dans les aiguës, une différence d'un ou deux centimètres peut se révéler problématique :  des cordes qui cassent à répétition...et comme cette même tension est aussi proportionnelle au carré de la fréquence, la solution est, bien sûr, souvent, d'accorder un ton plus bas...

Ces explications doivent tout à mon maître ès sciences et ami Yann Baol Le Noalleg, poète, mathématicien, physicien et bretonnant distingué...

English version




dimanche 14 avril 2013

REPARATIONS (6)

 Voilà donc une harpe qui va reprendre du service ! Je trouve qu'elle sonne bien clair. Sa propriétaire, Ysia Marieva , recommence ses études de harpe après 20 ans d' interruption...Entre temps, elle est aussi devenue dessinatrice peintre et poète :




 Il me reste à essayer de perfectionner le système de crochets pour les demi-tons : à suivre donc !


jeudi 28 mars 2013

REPARATIONS (5)


L'assemblage de la console sur la caisse ne comporte pas de pièce d'épaulement :


 Je pense que cette pièce est vraiment utile pour contrebalancer l'effet de torsion des cordes, je vais donc en rajouter une. Prendre la forme avec un gabarit en papier, reporter sur un bout de cormier qui traîne dans l'atelier, découper, poncer :


 Coller...


Et voilà une épaule en place :


 C'est quand on met les cordes qu'on se rend compte de l'utilité de cette pièce.  J'avais laissé un espace libre d'environ 1mm entre l'épaule et la base : dès que la tension des cordes s'exerce, la pièce plaque, preuve, s'il en était besoin, que la console subit bien un effet de torsion partiellement compensé par cet épaulement...



(à suivre)


mardi 26 mars 2013

REPARATIONS (4)


 Une fente naissante dans la console, et juste au mauvais endroit, celui où le fil du bois est le plus court :


 Voilà qui est dangereux. J'essaye de renforcer cette zone sensible par un morceau de fibre de carbone collé à l'époxy  EN DESSOUS de la console : c'est à cet endroit-là que le bois risque de s'ouvrir.
Après avoir enduit l'endroit de résine, je colle la pièce de fibre de carbone, et remets une couche d'époxy dessus : ça devrait bien rigidifier :


Le "patch" est en place... C'est la technique préconisée par Rick Kemper dans son ouvrage  "Building the lever harp"  que l'on peut télécharger sur le net  : c'est ici.

(à suivre)

dimanche 24 mars 2013

REPARATIONS (3)


  Je trouve les lattes en bas de table un peu fines : environ 6mm d'épaisseur là où il y a le plus de tension...je préfèrerais un peu plus épais, du genre 8mm. Aussi vais-je essayer quelque chose pour renforcer cette zone, éviter de nouvelles fentes et stabiliser celle qui y est déjà. Des deux côtés du bas de table, à l'intérieur, et sur environ le tiers de la longueur, je colle deux pièces de contreplaqué aviation de 3mm d'épaisseur, contre la barre de renfort intérieure mais en laissant libres les bords de table, pour ne pas empêcher la vibration. Sur ces cordes basses, je pense que ça ne nuira pas au son final :


  Plus qu'à refermer la caisse en recollant la base. Mais auparavant, je vais modifier cette base pour que le pilier repose sur elle, et pas sur la table. Puisque la harpiste désire que j'installe aussi des "pattes" comme sur mes autres harpes, il m'est venu une idée :  faire dépasser ces "pattes" sur le devant, de façon à faire, partiellement, reposer le pilier dessus. Quand à la fixation, un morceau de profilé aluminium solide fera l'affaire :


 La base est prête à être recollée à l'époxy...
(à suivre)



vendredi 22 mars 2013

REPARATIONS (2)


L'assemblage console-pilier a salement souffert du voyage ! De ce joint savant et certainement efficace, il ne reste pas grand-chose...Heureusement qu'aucun des morceaux n'est perdu : il suffira de recoller, et éventuellement de renforcer. Pour ce travail, je vais utiliser de la colle époxy, c'est costaud :


Remettre en place, coller, quelques serre-joints et un peu de chaleur (20° minimum) :


Comme neuf...maintenant, plus qu'à attendre que ça sèche bien : 24h...


 Après ponçage, je renforce cet assemblage essentiel avec une pièce de chêne, taillée en forme de cercle : un endroit idéal pour une décoration, un triskell par exemple ?



(à suivre)







mardi 19 mars 2013

REPARATIONS (I)


Une harpe construite dans les années 80 par un amateur éclairé, qui réalise à présent des instruments superbes...Sa technique n'était pas encore parfaite, à l'époque, mais le résultat est quand même suffisamment intéressant pour qu'une harpiste ait eu envie de l'acheter, et de la faire réparer...
J'ai donc entrepris, toujours pour en apprendre un peu plus, de la revisiter.
La table, en petites lattes, est percée de trous assez larges, avec les cordes qui tiennent grâce à des petites chevilles : bon système, mais je n'aime guère l'idée d'une corde attaquant directement le bois; aussi, la première chose à faire, pour moi, est de mettre en place des oeillets en laiton :



 En bas de table, une fente transversale vraiment moche : le pilier était boulonné directement à la table...celle-ci a tendance à monter, sous la tension des cordes, alors que le pilier a tendance, lui, à descendre : un mariage mal assorti.
D'abord, essayer de décoller la base : pas facile, des clous, des vis récalcitrantes...de la vieille colle encore bonne par endroits; ouf, ça y est !



Du coup, ça va devenir vraiment plus simple de réduire cette fente en la recollant : il suffit d'enduire la fente de colle, et de presser avec une presse à panneaux :



(à suivre)







vendredi 8 février 2013

RAVI


 Puisque je suis dans l'Inde en ce moment...Notre grand Ravi Shankar nous a quittés l'année dernière, toute une époque qui disparait.
 J'avais assisté à l'un de ses concerts, dans les années 70, je me souviens avec émotion de son courage à essayer d'expliquer ce qu'est la musique indienne classique à un public de camés...

 Dans son très beau livre "My Music My life", en partie autobiographique, et surtout consacré au Sitar, son instrument, on trouve, sans commentaire, une image d'ancienne harpe ou "harpe-cithare"  indienne, apparemment du XIXème siècle ou du début du XXème :



 La reproduction n'est pas formidable, mais on voit quand même de quoi il s'agit ; ça ressemble un peu aux harpes birmanes, qui sont probablement d'origine indienne. C'est une harpe sans pilier (ce qui pourrait faire penser à un pilier est l'ombre de la console...) , comme toutes les harpes orientales et africaines.
 Sur la console, on remarque une série de sillets, et les cordes vont ensuite s'enrouler sur des chevilles en bois, très ouvragées, et disposées sur le dessus.
 Sur la caisse, un chevalet, et probablement un cordier dessous.
 Ce qui est curieux, mais tout est possible en Inde, c'est que cet instrument semble avoir totalement disparu...?
Dimensions ? Tessiture ? Cordes boyau ou métal ? Un seul élément utilisable, l'espacement entre cordes, mais déduire toutes les autres dimensions de là...
 J'ai fait des recherches avec le nom Hindi donné par Ravi Shankar, "Viladi nada mandal", mais rien...le terme "mandal" (cercle) désigne toutes sortes d'objets, mais pas de harpes...
 Quelqu'un aurait-il déjà vu  (et entendu!) cet instrument quelque part, ou en saurait-il plus sur ce sujet ?

English version



jeudi 31 janvier 2013

DANS LES PAS DE COUSINEAU (IV)


Voilà qui est fait : je viens de finir cette petite 22 cordes destinée à expérimenter ce système :


        Elle est donc équipée de 22 "perles" en bois qui font office de tendeurs : en faisant glisser la perle vers le haut, on augmente la tension suffisamment pour obtenir un demi-ton, voire plus dans les aiguës.
Apparemment ça fonctionne bien, en tous cas pour les cordes métal. Pour le nylon, mes longueurs de "course" des perles n'étaient pas suffisantes dans les graves.


 Du coup, cette harpe présente une autre originalité : elle ne comporte que des cordes filées ! J'ai en effet utilisé ce qu'on trouve le plus facilement, des cordes de guitare, filées bronze sur acier.
 Un avantage, on n'a pas l'effet de "décrochage" habituel quand on passe des cordes monofilament aux cordes filées.
 Le son est étonnant ! Grave, profond, très riche en harmoniques, avec l' effet de "cloche" caractéristique des cordes en bronze...

 Quelques critiques cependant :
 Les perles utilisées, issues de récup (ces fameux "appuie-dos" de voitures qu'on voyait partout dans les années 90...) sont un peu épaisses, trop pour les espacements entre cordes aiguës; j'ai été obligé de "tricher" sur l'inclinaison des dernières cordes pour caser mes "perles" :


 Autre point à améliorer : les longueurs de "pistes" pour les perles. J'ai utilisé des longueurs pratiquement identiques partout, alors que quelques centimètres de plus auraient été bienvenus pour les graves, et que quelques uns de moins pour les aiguës ne nuiraient en rien...

 Si l'on veut changer de tonalité en cours de jeu, il serait bon de tracer des repères pour obtenir exactement la même altération à chaque fois, ou mieux encore d'installer des "butées" (réglables) pour bloquer la course de la perle au bon endroit.

 Au total, un système très "low cost" et "low tech" (simple et pas cher ), susceptible de bien des améliorations, mais qui fonctionne ! Merci les luthiers indiens !


mardi 8 janvier 2013

LES LUTHIERS ET LEURS CLIENTS...


Un échange de propos un peu vif, pour une fois, sur le forum harpe celtique.fr, m'a donné envie de parler d'un sujet qui me tient à coeur : les relations entre facteurs de harpes et harpistes...

J'ai osé écrire : "tout le monde ne mérite pas une harpe de luthier"...pavé dans la mare ! Comment ? Tout le monde n'a pas le droit d'acheter une harpe de luthier ? Il suffit de sortir un carnet de chèques, et l'affaire est conclue ? Toujours le bon vieux réflexe petit-bourgeois, croire que l'on peut tout acheter avec de l'argent...ça marche, plus ou moins, chez Darty, aux galleries Lafayette ou à la limite chez Camac, qui s'est organisé pour produire des instruments de qualité tout en répondant à ce genre de demande. Et encore, les relations commerciales les plus "simples" ne le sont pas toujours.

Je suis le premier à m'inscrire en tête de liste de ce "tout le monde..." : je serais incapable d'attendre je ne sais combien de mois ou d'années un instrument, certes d'exception, mais certainement "trop bien pour moi" comme dans la chanson de Brel. Mes harpes, je me les fabrique moi-même, une construction amateur, sans prétention mais avec passion,  à mon usage de harpiste éternel débutant et plutôt maladroit...il m'arrive même de penser qu'elles mériteraient d'appartenir à quelqu'un de plus savant !

Non, il ne suffit pas d'avoir de l'argent pour acquérir une harpe de luthier !

Il faut déjà être au niveau, capable d'en apprécier toute la finesse, d'en exploiter toute la richesse sonore, "d'apprivoiser la bête" et de la dresser : offre-t on une Ferrari à un jeune qui vient d'avoir le permis ? Même les plus inconscients des nouveaux riches hésiteraient, ou alors, gare à la casse ! Une harpe de luthier est une bête de luxe, un pur-sang réservé aux cavaliers expérimentés.

Il faut ensuite faire preuve de la plus grande humilité devant l'homme (ou la femme !) de l'art, qui est capable, avec quelques bouts de planches, de créer une merveille, un instrument léger, réactif, bien équilibré, à la sonorité exceptionnelle...vas-y, essaye d'en faire une comme ça, Ducon ! Et surtout quand on a compris que beaucoup de ces artistes-là, au bout de nombreuses années d'étude et de pratique, ne gagnent guère leur vie, se payent des salaires de misère, moins que le mécano du coin . Aucun facteur de harpe n'achète de villa à Saint Tropez pour les vacances, ni de yacht pour aller faire l'imbécile aux Caraïbes. Quelques-uns arrivent à survivre en donnant des cours, ou grâce à une activité annexe, à une fortune personnelle, au salaire du conjoint...Beaucoup arrêtent au bout de quelques années, comme Léo Goas, qui pourtant faisait des harpes pour Alan Stivell (lequel le regrette bien!) ; il a changé de métier et ne veut plus entendre parler de harpes...

S'il est déclaré artisan, le luthier doit payer des charges : chères. Il y a le racket fiscal : honteux. Les outils à acheter et à entretenir, les matières premières d'excellente qualité, à des prix astronomiques...
Il va donc avoir tendance a prendre toutes les commandes qui se présentent, à les solliciter même; il faut ensuite le temps, les moyens, la santé nécessaires. Un grand artiste n'est pas forcément un bon gestionnaire, c'est même souvent le contraire ! On prend du retard, le client s'impatiente, engueulades, lettres recommandées, huissiers et tout le cirque.

Il y a les petits malins, qui contournent le problème en travaillant par exemple sous couvert d'une association, qui organisent des stages de construction pour luthiers amateurs, ou qui plus simplement font une harpe de temps en temps, au black, et pour un musicien complice...On se débrouille comme on peut !

Dans toute cette pagaille, je le dis et je le répète : le bon harpiste qui arrive à se faire construire un instrument par un grand luthier, et à rester en bons termes avec lui, celui-là, vraiment, sa harpe, il la mérite !